IA en santé : et si l’automatisation permettait de redonner du temps à l’humain ?

« Parmi mes bénéficiaires, quels sont ceux dont la situation s'est le plus dégradée cette semaine ? »

Demain, cette question pourrait être directement posée par une infirmière coordinatrice à son outil de suivi. L’intelligence artificielle analyserait les données disponibles, ferait ressortir les évolutions significatives et proposerait des pistes d’explication. À la professionnelle ensuite de les confronter à sa connaissance des bénéficiaires et de décider de la suite à donner.

Cette évolution résume assez bien le changement qui se dessine dans le secteur du bien-vieillir : l’IA ne devrait pas seulement permettre d’analyser davantage de données. Elle pourrait surtout aider les professionnels à accéder plus rapidement aux informations dont ils ont réellement besoin.

Dès lors, la question n’est peut-être plus « jusqu’où peut-on automatiser sans perdre l’humain ? », mais plutôt : que peut-on confier à la machine pour permettre au professionnel de mieux exercer son expertise ?

De la prévention à la prise en charge : quelle place pour l’IA en santé ?

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L’intelligence artificielle intervient progressivement à différentes étapes du parcours de santé.

En matière de prévention et de dépistage, elle peut analyser de grandes quantités de données pour identifier des anomalies ou repérer des populations présentant davantage de risques. Elle peut également aider à mieux comprendre une situation, en rapprochant des informations multiples, puis contribuer à améliorer la prise en charge en faisant parvenir plus rapidement aux professionnels des informations utiles et activables.

Dans le secteur du bien-vieillir, ces usages se concrétisent déjà. Les solutions de télévigilance peuvent par exemple analyser certaines données liées à l’activité, au sommeil ou aux habitudes de vie d’une personne âgée vivant à domicile afin de faire ressortir des évolutions qui méritent l’attention des équipes.

La capacité de la machine à traiter d’importants volumes de données ouvre donc de nouvelles possibilités. Mais en santé, ses performances ne suffisent pas : la fiabilité des informations, la connaissance des limites de l’outil et la supervision humaine restent essentielles.

La Haute Autorité de Santé recommande d’ailleurs aux professionnels un usage de l’IA générative « conscient, supervisé et raisonné ».

Automatiser l’analyse, pas l’expertise du professionnel

Traiter des milliers de données, repérer une anomalie, rapprocher différentes informations ou identifier les situations nécessitant une attention particulière : autant de tâches pour lesquelles l’IA peut apporter une réelle valeur.

Mais une donnée ne raconte jamais à elle seule toute la situation d’une personne.

Le professionnel connaît son histoire, son environnement, son niveau d’autonomie, les observations réalisées sur le terrain ou encore les informations transmises par ses proches et les autres intervenants. C’est ce contexte qui lui permet d’interpréter l’information, d’arbitrer et de décider de l’action à mener.

La répartition des rôles pourrait donc évoluer : davantage d’analyse confiée à la machine pour permettre au professionnel de concentrer son expertise sur l’interprétation et la décision.

C’est ce que Carole Zisa-Garat, Directrice Générale de Telegrafik, qualifie de « professionnel augmenté » : non pas un professionnel progressivement remplacé par la technologie, mais un professionnel moins surchargé par l’information, plus lucide et mieux armé pour prendre ses décisions. Cette vision était notamment au cœur de son intervention à la REF Santé du MEDEF.

Demain, moins consulter les données et davantage les interroger ?

Cette évolution pourrait aussi transformer très concrètement la manière dont les professionnels utilisent leurs outils.

Aujourd’hui, ils consultent des tableaux de bord, des graphiques, des indicateurs ou des alertes. Demain, l’IA pourrait leur permettre d’interroger directement l’ensemble de ces informations à partir de leur besoin.

Une infirmière coordinatrice pourrait par exemple demander :

« Parmi mes bénéficiaires, quels sont ceux dont la situation s’est le plus dégradée cette semaine ? »

Cette fonctionnalité est déjà envisagée chez Telegrafik. L’IA analyse les informations disponibles, identifie les évolutions significatives et fait ressortir des éléments aidant à la compréhension.

Cette évolution change aussi la manière d’envisager la performance de l’intelligence artificielle. Son intérêt ne réside plus dans sa capacité à produire toujours plus d’informations, d’indicateurs ou d’alertes, mais dans sa capacité à réduire la charge informationnelle et à faire émerger ce qui mérite réellement l’attention.

Et si automatiser permettait surtout de libérer du temps ?

Dans les métiers du soin et de l’accompagnement, rechercher une information, croiser plusieurs données ou passer d’un outil à l’autre prend du temps.

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L’enjeu de l’automatisation est donc très concret : prendre en charge une partie de ce travail d’analyse et de recherche pour redonner de la disponibilité au professionnel.

Cela suppose aussi que l’IA s’intègre dans les pratiques existantes. Ajouter une nouvelle interface, de nouvelles alertes ou davantage de données à consulter risquerait au contraire d’alourdir le quotidien des équipes.

Pour les acteurs du bien-vieillir, l’enjeu n’est donc pas de déterminer jusqu’où l’IA pourra remplacer l’intervention humaine. Il est de savoir où elle peut être réellement utile pour mieux accompagner les professionnels et les personnes.

Car si les capacités d’analyse et de priorisation vont continuer à progresser, comprendre une situation dans toute sa complexité, arbitrer, créer une relation et décider restent au cœur des métiers du soin et de l’accompagnement.

C’est peut-être là que se trouve la véritable promesse du professionnel augmenté : utiliser davantage la puissance de la technologie pour pouvoir consacrer davantage de temps à ce qui nécessite profondément l’humain.

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